Le CAPC, château (un peu trop) bien gardé

Oeuvres de Kelley Walker, Guillaume Leblon, Philippe Decrauzat et Présence Panchounette (Photo F. Deval / Mairie de Bordeaux)

« Nouvel accrochage des oeuvres du CAPC de Bordeaux » : cette expression-là est généralement synonyme de « une nouvelle occasion d’aller passer une après-midi dans la fraîcheur des combles d’un ancien entrepôt ».
Cette fois-ci, je me suis un peu trompé : de fraîcheur, il n’y avait pas, les trente degrés extérieurs ont réussi à réchauffer les galeries du musées. Et planifier une après-midi, c’était un peu ambitieux, il n’y a qu’une petite galerie du deuxième étage qui est occupée par cette collection.

Soit.

Venons-en aux oeuvres, tout de même. Primo, l’ensemble de l’expo est beaucoup plus agréable à parcourir que lors du précédent accrochage, qui faisait la part belle aux tons grisâtres. Là, il y a des formes, des couleurs, des grandes vidéos, des sculptures accrochées au plafond, des télés au ras du sol, des peintures sur les murs, entre autres. Il faut lever la tête, s’accroupir, contourner : on est mis à contribution dans cette expo, on est même invité à marcher sur une oeuvre.
Deuxio, on trouve dans ce nouvel accrochage un certain nombre d’oeuvres qui valent le détour. En particulier les ateliers brûlés de Sarkis, réalisés entièrement en néon et qui attirent le visiteur vers la lumière comme un moustique. Les matelas de Laurent Le Deunff, tellement bien fichus qu’on se demande jusqu’au bout si ce sont des matelas peints en bois ou si ce sont des blocs de bois peints comme des matelas. Et mention spéciale à la pierre qui parle de Philippe Parreno, une oeuvre qui ne nous trompe pas puisqu’il s’agit effectivement d’un gros caillou qui déblatère des vérités générales en imitant la voix de Jean-Luc Godard. Ah, et mon pote Mikhaël vous dira qu’il y avait une super maquette géante réalisée en morceaux de papier journal. C’est une oeuvre de Johannes van der Beek. Bien fait, mais je n’accroche pas.

A côté de ça, cinquante-deux croquis accrochés au mur par-ci, un décor-de-théâtre-qui-n’a-pas-servi-ah-bon-mais-y’a-une-vidéo-là-où-y’a-une-madame-dans-le-décor-qui-dit-des-choses-mais-on-les-entend-pas-le-son-est-coupé, et des poèmes brûlés méthodiquement accrochés au mur. Un peu trop de concept là-dedans. Et puis des oeuvres qu’on ne voit pas. Si, si, elles sont indiquées dans le guide pédagogique ; mais à moins d’être là au bon moment, peu de chances de les voir. Tout ça ne serait pas grave si la médiation était à la hauteur. Mais c’est là que ça cloche : pas (ou peu) d’indications sur les cartons, et un dépliant qui se résume à un labyrinthe-rébus, et ne donne pas la moindre indication. A moins d’être spécialiste de l’art contemporain, il vaut mieux passer par une visite guidée, qui, au moins, vaut le coup, pour profiter de l’exposition qui n’est pas inintéressante en soi.

Il y a tout de même quelque chose qui m’ennuie avec le CAPC : le musée a un fonds extrêmement riche, paraît-il, et pourtant il parvient à nous resservir la même oeuvre à deux expositions d’intervalle (à savoir les matelas de Le Deunff) ; et à nous proposer une exposition qui n’occupe qu’une seule galerie du musée qui pourtant ne manque pas d’espace. On en redemanderait un peu !

LE coup de gueule : le programme annonçait une oeuvre de Georges Rousse, un artiste remarquable auquel je ne manquerai pas de consacrer un article d’ici peu. Déception : c’est une oeuvre du début des années 80, issue de la période figurative dudit artiste. Qui plus est, elle est in situ (c’est-à-dire ancrée au lieu), et elle n’est jamais, en temps normal, identifiée en tant que telle. C’est le genre de travail qui mériterait d’être mieux signalé.

Le Château, collection du CAPC. Du 10 février au 4 décembre 2011.

One thought on “Le CAPC, château (un peu trop) bien gardé

  1. J’ai eu un peu de mal à réintégrer toutes les oeuvres suscitées (sus-citées?) mais effectivement, tout est bien là. On ne m’enlèvera pas de l’idée que, finalement, l’oeuvre la plus intéressante reste le bar sur la terrasse intérieure du CAPC, avant sa fermeture à 17h30 bien entendu.
    Quant à la maquette de Van der Beek, honte à toi, ô étudiant en journalisme, qui ne peut apprécier une oeuvre construite avec comme seul élément le produit fini de ton cerveau fécond (fait c..? Non, je m’égare.)

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