Article sur Pipilotti(s)

Coucou, je suis vidéaste !

Et un article sur Pipilotti, ça a forcément une certaine hauteur…

Quiconque est passé par Paris ces deux dernières années a sûrement croisé une oeuvre de Pipilotti Rist dans les couloirs du métro ou sur les panneaux d’affichage. C’est à elle que l’on doit l’affiche de la collection « Elles@Centrepompidou », qui est en fait un détail de sa vidéo A la belle étoile exposée à Beaubourg. Sans être une star de l’art contemporain, Pipilotti Rist mérite qu’on s’arrête sur son cas.
Commençons par les bases. Pipilotti Rist est suisse, elle a presque 50 ans, et elle est très blonde. Ou très brune. Ou les deux en même temps, parfois. Ah, et j’oubliais : elle ne s’appelle pas vraiment Pipilotti. Elisabeth Charlotte Rist a pris ce surnom en hommage à Fifi Brindacier (Pippi Långstrump en VO). Ca peut vous donner une idée du personnage.

Rist est artiste vidéaste ; elle officie depuis la fin des années 80. Elle aime s’amuser avec les codes de la culture pop (le clip vidéo, la couleur, les effets spéciaux utilisés en télévision), ce qui rend son travail assez accessible. Par contre, elle aime bien aussi montrer des corps nus, et du sang menstruel. Voilà qui vous donne une idée un peu plus précise.

Pour le dire vite, Pipilotti Rist est une artiste complètement déjantée. Mais les vidéos qu’elles réalise sont tantôt poétiques, tantôt dynamiques, colorées, positives, et ne manquent pas d’humour. Voilà pourquoi son oeuvre mérite le détour.
On peut distinguer deux périodes dans l’oeuvre de la dame : du début de sa carrière (à la fin des années 80) au milieu des années 90, les vidéos sont un peu trash, sur le fond comme sur la forme. Donc, dans le désordre : Pipilotti seins nus  (mais floue) qui chante jusqu’à l’épuisement, Pipilotti en lipdub, Pipilotti qui filme un accouchement (en gros plan, sinon c’est pas drôle), Pipilotti qui tombe dans l’herbe, et un copain de Pipilotti qui court dans la forêt nu comme un ver. Le tout sur fond de trucages criards, d’éléments dessinés à la palette graphique et de vidéos certainement enregistrées sur un mauvais magnétoscope. Ce qui sauve les vidéos de cette première période, c’est leur bande-son. Sauf quand elle hurle des poèmes en Allemand sur fond de musique concrète. Pour le reste, l’artiste a pris l’habitude de détourner des chansons célèbres sous la forme de clips. Car Pipilotti chante aussi, elle a même fait partie d’un groupe, les Reines Prochaines. Alors on entend la première phrase de Happiness is a warm gun des Beatles chanté, en accéléré et en boucle, une version destroy de Sexy Sadie (toujours les Beatles) ou une mélodie sympathique au ukulélé, qui se termine dans un grand n’importe quoi vocal. Et c’est le décalage entre ce que donnent à voir ces vidéos et ce qu’elles donnent à entendre qui accroche un sourire, parfois dérangé, parfois franc.

Le tournant artistique de la carrière de Rist est, pour moi, assuré par trois vidéos qui apportent chacune un progrès soit sur la forme, soit sur le fond. Cela dit, ce ne sont pas des chefs-d’oeuvre, une d’entre elles est carrément trash. Dans le sensuel Pickelporno (1992) et Blutclip (1993), si les thèmes sont toujours étroitement liés à la sexualité et au corps (encore une fois, on retrouve du sang menstruel de-ci, de-là), Pipilotti instaure une nouvelle façon de filmer, en très gros plan, avec une petite caméra très mobile. L’image et les incrustations sont plus propres, et les couleurs mieux saturées. Avec I’m a victim of this song (1995), Rist quitte les vidéos projetées sur des petits moniteurs pour se diriger vers des plus grands formats (généralement, une salle = une vidéo, avec tout un environnement créé autour, sur le principe de l’installation). Elle met également à part le côté «performance» de ses travaux pour créer plutôt des ambiances, des atmosphères particulières. Voilà les bases de son travail actuel.

J’allais oublier. Avec I’m a victim of this song, elle instaure aussi un élément quasi-récurrent de son oeuvre à venir : la chanson Wicked Game de Chris Isaak, revue et corrigée dans une version acoustique-hystérique interprétée par Pipilotti herself. Au bout d’un moment, cette seule chanson fait rire. Si, si.

Le monumental "Put your body out" au MoMA (Crédit photo : Watz via Flickr)

Depuis, le travail de Pipilotti Rist est assez répétitif mais très prenant : l’artiste crée des ambiances particulières, souvent planantes, qui accompagnent ces films toujours colorés et de plus en plus abstraits. Les écrans prennent de nouvelles formes : ils peuvent être ronds ou carrément cylindriques, se trouver sous nos pieds ou au-dessus de nos têtes. Les musiques, composées avec l’appui du musicien Anders Guggisberg, sont plus sophistiquées. On trouve toujours une touche de féminisme et d’humour dans les vidéos, mais c’est surtout la poésie qui prédomine.

Et l’artiste a poussé le vice jusqu’à réaliser un long-métrage, Pepperminta, sorti en 2009. Un film confidentiel, mais qui a l’air intéressant. Et dans la foulée, une oeuvre monumentale proposée au MoMA de New-York. En un mot, Pipilotti a plus d’un tour dans son sac !

Deux coups de coeur :
Ever is over all, une installation pleine d’humour où Pipilotti tient à nouveau le rôle principal. D’un côté, un champ de fleurs bizarres filmées au ralenti. De l’autre, l’artiste, marchant joyeusement dans les rues d’une ville, qui explose les vitres des voitures, le sourire jusqu’aux oreilles, avec une fleur similaire à celles du susdit champ. Et la policière qui passe la salue amicalement au lieu de lui passer les menottes. Le tout sur une musique complètement décalée.
A la belle étoile, une vidéo projetée au sol, sur laquelle on peut marcher. Le dispositif sonore est tel que sitôt les pieds posés sur la vidéo on est complètement enveloppé par le son, et que l’on plonge (presque littéralement) dans l’univers de l’artiste. A voir encore pour quelques semaines au Centre Pompidou.

Deux Ovnis, tout de même :
Open my glade n’a rien à voir avec les autres travaux de Rist. Normal, c’est une commande. Diffusées sur les écrans géants de Times Square à New York, une quinzaine de clips d’une minute montrent Pipilotti, face caméra, qui se démaquille contre une vitre. Ou comment faire d’un jeu de gamin un travail à mi-chemin entre une oeuvre d’art et un spot publicitaire un brin subversif.
Closet circuit. Une caméra infrarouge placée au fond d’une cuvette de WC (en service), reliée à un écran posée sous les yeux de celui qui s’est posé sur le trône. Rien à ajouter.

Et pour en savoir plus :
Le site de Pipilotti Rist
Le site du film Pepperminta
Ecouter la BO des vidéos
Extraits de l’Encyclopédie des nouveaux médias

One thought on “Article sur Pipilotti(s)

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