Du pipi et du caca.

Moi j'la trouve plutôt jolie, cette fissure ! (Photo Sipa)

Déçu. Quand j’ai entendu parler du Piss Christ d’Andres Serrano critiqué puis détruit par les associations catholiques pendant son expo à Avignon, j’ai été sacrément déçu. J’ai toujours été persuadé que Serrano avait emmagasiné des litres et des litres d’urine dans un grand bac pour pouvoir y plonger un grand crucifix, un comme celui du calvaire de l’église de chez moi… Alors quand j’ai entendu que c’était un tout petit crucifix plongé dans un verre et photographié de près… Déçu, quoi.

Prenons un peu de recul : quelque chose me frappe à travers ce débat. Il y a deux sujets qui ne sont pas égaux devant la critique. Deux sujets pourtant si proches : le pipi et le caca. Le pipi, l’urine, la pisse, n’a visiblement pas gagné ses lettres de noblesse. On ne peut même pas mettre une croix dans du pipi impunément. Et à côté de ça, le caca est une star de l’art contemporain. On se couvre de caca comme Hermann Nitsch dans les années 70 (Sang et matières fécales). On met le caca en boîte, et on le vend, comme Piero Manzoni (Merda d’Artista). Et on fabrique du caca, du vrai, avec l’installation Cloaca, dite « machine à caca », de Wim Delvoye. Même Andres Serrano himself a fait une série de photos de caca, en gros plan. Voilà donc l’enseignement majeur de cette polémique : le pipi a un temps de retard sur le caca, et ça, ça fait chier.

"Piss christ" vous a rebuté ? Vous n'avez rien vu. (Photo Andres Serrano)

Hm, je n’ai peut-être pas pris assez de recul. Deux pas en arrière, et on y retourne.

Religion, enfants, animaux : le trio infernal

Je lisais, il y a quelques mois, dans Beaux Arts Magazine (parce que oui, je lis Beaux Arts Magazine… de temps en temps), un dossier sur les tabous de l’art. Ca m’avait laissé un peu sceptique à l’époque, mais il faut se rendre à l’évidence : si le caca, le sexe, le sang, l’argent ne choquent plus personne (ou presque), il reste un trio de sujets auxquels on ne peut pas toucher. La religion, les enfants, les animaux.

La religion, on en a déjà parlé, il y a le Piss Christ. Mais pas que. L’oeuvre la plus détestée des Français (encore selon un sondage Beaux Arts), c’est la Nona Ora de Maurizio Cattelan (encore un artiste qui mérite un portrait, tiens). Jean-Paul II, grandeur nature, écrasé par une météorite.

Saint-Thol. Ca fait du mal là où... ça fait mal.

Les enfants. Là, les exemples sont nombreux. L’expo de Larry Clark l’an dernier à Paris (interdite aux mineurs). L’expo Présumés Innocents au CAPC de Bordeaux en l’an 2000 (boycottée par Alain Juppé, interdite aux mineurs, attaquée par des associations). Une autre oeuvre de Maurizio Cattelan, toujours lui, trois mômes – des mannequins –  pendus sur une place de Milan. Bref, on ne touche pas aux enfants, ni dans les oeuvres, ni devant : Présumés innocents était (dit-on) très crue, on y voyait une artiste faire joujou avec un concombre en vidéo avant de se coudre le sexe. Le tout sous les yeux des 1500 scolaires qui ont vu l’expo avant son interdiction aux mineurs.

Et les animaux. Ah, les scandales avec des animaux dans l’art. Il y a eu Oleg Kurik, interdit à la Foire internationale d’art contemporain (Fiac) de Paris pour ses clichés un poil zoophiles. Il y a eu Guillermo Habacuc Vargas, fustigé par le net pour avoir laissé mourir de faim un pauvre chien abandonné dans un musée. Plus second degré, il y a Marco Evaristti et son Helena : des mixeurs, un poisson rouge dans chaque mixeur, et un bouton. Chaque visiteur peut, s’il le souhaite, appuyer sur le bouton et lancer le carnage. Et au-dessus de tous ceux-là, il y a Xiao Yu, qui a ajouté à un foetus humain des yeux de lapin et des ailes de mouette. L’image me rebute tellement que je n’ai pas eu le courage de vous la mettre ici, je vous laisse le choix d’aller chercher sur Google.

Même Maïté n'aurait pas osé.

Alors que penser de ce trio infernal ? Pour moi (et cet avis est purement personnel), tant que l’on est dans le domaine du symbole, il n’y a pas motif à se rebeller. On peut penser ce qu’on veut de la provocation, de la teneur artistique de cette photo (que je ne trouve pas réussie, soit dit en passant), mais un crucifix reste un objet, même sacré. Personne n’est physiquement touché par cette oeuvre. Trois gamins pendus, ça peut choquer. Mais tant que ce sont des mannequins, on ne peut trop rien dire. Là où le bas blesse, c’est quand une oeuvre porte atteinte à quelque chose de vivant, humain ou animal. Alors oui, tuer un animal, exposer des enfants à du sexe cru, ou maltraiter un vrai foetus, ça dépasse les limites. Du moins les miennes.

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