Le Guggenheim de Bilbao (2/3) : L’intervalle pas très clair

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"Chérie, y'a quoi à la télé ce soir ?"

Deuxième volet de la trilogie bilbaína. Après une tentative de présentation du musée Guggenheim, je vous propose de faire un tour dans les salles de l’exposition L’Intervalle lumineux proposée jusqu’au 11 septembre.

L’intervalle lumineux, c’est une sélection d’oeuvres de la collection de Dimitris Daskalopoulos (c’est lui). Son domaine de prédilection : la sculpture et l’installation. Autant dire que le pari me semblait risqué : les installations, soit c’est sensoriel, enveloppant, interactif, et donc efficace ; soit c’est complètement hermétique donc au mieux incompréhensible, au pire ridicule. Et l’Intervalle Lumineux se balade en permanence entre ces deux extrêmes, l’efficacité et l’hermétisme.

Certaines des installations sont particulièrement efficaces, en particulier celles présentées au rez-de-chaussée. On y trouve une oeuvre par salle, avec des dimensions souvent impressionnantes. Quarante télés différentes, avec quarante fauteuils différents qui leur font face, et n’attendent que les postérieurs des visiteurs pour faire partager l’expérience d’habitants d’un quartier turc. Une oeuvre troublante, devant laquelle on peut passer des heures entières, signée Kutlug Ataman. « Un vrai travail de journaliste » dirait JCB, qui nous accompagnait à Bilbao. A côté de ça, une caverne réalisée par Thomas Hirschhorn, tout en carton et scotch, avec des stalagmites en papier alu ; là, tous les sens sont perturbés, on ne se rend pas compte qu’au-dessus du plafond en carton, il y a encore les murs du musée. Au détour d’une salle, une vidéo de Steve McQueen, très réussie, bien qu’elle m’ait fait bondir de mon siège à plusieurs reprises.

Quand on s’attaque aux étages, par contre, ce n’est plus la même affaire. Exceptée l’impressionnante installation multi-supports de John Bock, Palms (et la vidéo Astronaut qui l’accompagne, vingt minutes de grand n’importe-quoi un peu crado mais terriblement efficace), on ne saisit plus grand chose. Ici, une salle vide, avec un tout petit écran qui diffuse un match de foot, et une cavité où le même match est diffusé sur grand écran, en vis-à-vis d’un défilé de la Garde britannique. Là, un squelette qui prend sa douche. Ici encore, une mappemonde en mouches. Merci monsieur Daskalopoulos.

On aurait pu espérer beaucoup des grands noms présentés sur les affiches. Mais l’installation de Gabriel Orozco ne ressemble pas à du Orozco, pas plus que le Hirst ne ressemble aux oeuvres les plus connues de Hirst. Heureusement, Annette Messager est là, avec son Dépendance/Indépendance qui fait partie des oeuvres emblématiques de l’artiste. Même chose pour Paul McCarthy et sa Tête de tomate, sympathique sculpture à tête de tomate. Si, si.

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"Coucou, j'ai une tête de tomate. Tu veux jouer avec moi, petit ?"

Il y a toutefois un élément qui sauve toute l’exposition et qui m’a fait ressortir le sourire aux lèvres : la médiation, qui est excellente. Les cartons sont très détaillés, permettent de comprendre la démarche des artistes, parfois le sens des oeuvres. Et en plus ils sont en espagnol ET en anglais, au cas où. J’ajoute à cela que le site web de l’expo est particulièrement réussi, on y trouve des détails supplémentaires (en français cette fois !) sur les principales oeuvres, et pas mal de vidéos, dont une qui montre le montage de l’expo, vraiment bien fichue.

Au final, l’expo est un peu pointue pour un musée aussi grand public, avec pas mal d’oeuvres conceptuelles. Mais lesdites oeuvres sont aussi assez visuelles, certaines sont très sensorielles, et même les plus étranges nous ont tenu en haleine plusieurs minutes. Donc :
– je déconseille l’expo aux plus réfractaires à l’art contemporain, qui ne seront que renforcés dans l’idée « moi-je-fais-pareil-avec-deux-bouts-de-métal-rouillé »
– je la conseille à tous ceux qui sont intéressés, de près ou de loin, par l’art contemporain, c’est un bon moyen de s’initier à l’art des installations.
– je la surconseille aux spécialistes acharnés, qui risquent de frôler l’extase intellectuelle en lâchant un « bon dieu que c’était réussi » dans un soupir à la sortie du musée. Un poil exagéré quand même.

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