Le Guggenheim de Bilbao (3/3) : J’ai testé un happening, un vrai.

Ceci n'est pas une boîte de nuit. En tout petit, devant les platines, il doit y avoir moi. (Photo Bastien Deceuninck)

Troisième et dernier épisode des aventures à Bilbao : après avoir visité le musée de jour, bâtiment et exposition, il était temps de l’investir de nuit. Chose possible grâce à l’événement Art after dark, une soirée électro dans l’atrium du musée qui se déroule chaque mois. Récit d’une soirée qui m’a transporté vers les happenings des années 60, le LSD en moins.

L’électro, ce n’est pas vraiment mon truc. Heureusement, la promesse de pouvoir visiter le musée de nuit m’a convaincu. Me voilà donc, après une longue dernière journée de Bilbao Kultur Lab, débarquant avec mes trente-cinq camarades de promo, les trois professeurs qui nous accompagnaient et notre rédactrice-en-chef, dans le hall du musée Guggenheim où la fête avait déjà commencé.

Il faut un petit moment (sauf pour les plus clubbers d’entre nous) pour entrer dans le trip. Frustration musicale, les DJ ne sont pas très bons en première partie de soirée. Frustration artistique, toutes les salles du musée ne sont pas ouvertes. La grotte en carton évoquée dans l’article précédent est fermée ; la grande cage lumineuse de Mona Hatoum, Current Disturbance, impressionnante de jour, tourne à demi-régime. Au moins, il n’y a pas trop de monde, les places étant limitées.

Et puis, on m’offre un cocktail rhum-citron, 50% de chaque. Je le bois assis – erreur cruciale. Au même moment, un duo michiganais nommé Octave One arrive aux platines, lance l’intro de son set, qui n’a rien à envier à celles des meilleurs concerts de Jean-Michel Jarre (on a les références qu’on peut). En une minute, tout bascule.

Les basses puissantes de l’intro vibrent dans l’atrium – et dans ma poitrine. Je finis mon verre rapidement, un peu trop peut-être, et me lève pour prendre part à ce qui est en train de se passer.

Je chancèle un peu – je n’aurais pas dû boire d’une traite. Me voici en 1967, plongé dans un happening expérimental, un Carnival of Light à la sauce basque. Les gens dansent sur une musique hypnotique, entourés d’oeuvres d’art. Il ne manque plus qu’un ou deux individus dopés au LSD pour le côté psychédélique de la chose. Sur la terrasse, les fumeurs côtoient une oeuvre de Jeff Koons ; à l’intérieur, l’installation LCD de Jenny Holzer prend une dimension nouvelle, on peut franchir la ligne formée par les panneaux d’affichage et se retrouver dans une lumière bleue intense et aveuglante, dans laquelle certains s’abritent pour danser, d’autres se photographient. Je quitte le rez-de-chaussée pour initier une mini-visite guidée des galeries pour une amie.

Las Vegas is nothing. Welcome in Bilbao. (Photo Bastien Deceuninck)

Seul, l’esprit Léger, face à Fernand

Premier étage, L’intervalle lumineux. Avec un cocktail dans le sang, et de l’électro dans les oreilles, visiter une exposition conceptuelle est une expérience nouvelle. Je n’essaie même plus d’expliquer les oeuvres, je me contente de les ressentir, et, au passage, de les présenter à ma camarade. Et encore ; je confonds Koons et Hirst, Messager et Bourgeois (« La dame qui a fait la grosse araignée dehors, tu sais ? »). Autant dire que l’on passe sans s’arrêter devant les oeuvres les plus conceptuelles, mais que les installations les plus efficaces sont d’autant plus puissantes dans ces conditions.

Deuxième étage. Une expo sur le retour du classicisme au début du XXe. La musique est plus lointaine, l’alcool toujours un peu là : je me retrouve seul au milieu des galeries, me surprenant de temps à autres à chantonner dans les salles du musée. Une atmosphère complètement différente flotte à cet étage, je fais face à Fernand Léger, à Otto Dix, sans personne autour de moi, sinon un surveillant qui observe, de loin.

Avant de redescendre, un dernier passage sur les coursives qui surplombent l’atrium donne une idée de l’ampleur de l’événement. En bas, tout le monde danse. Je les rejoins pour finir ce happening juste devant les platines d’Octave One, qui ont déchaîné tout le monde, y compris notre équipe pédagogique. Petit à petit, les salles du musée ferment, les visiteurs se regroupent dans le hall pour le final magistral, puis le rappel. Puis plus rien, les lumières de l’atrium se rallument, Octave One commence à remballer, en quelques instants l’atmosphère si particulière, qui avait mis un moment à s’installer, se dissipe. Certains vont finir la nuit en boîte, d’autres rentrent se coucher. Le temps d’une soirée, le musée Guggenheim a réussi à se rapprocher de la Roundhouse de Londres qui accueillait les grands happenings artistiques des années 60. Ce n’est décidément pas un musée comme les autres.

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