Pourquoi j’ai longtemps détesté l’art contemporain (deuxième partie)

Résumé de l’épisode précédent : à 9 ans, j’ai été emmené au Centre Régional d’Art Contemporain de Sète, pour une expo qui réunissait des artistes français et islandais. Dès les premiers pas dans le musée, je me suis trouvé traumatisé par une partie des oeuvres exposées. L’art contemporain et moi, ça partait mal..

~ Chapitre II ~

Tout cela aurait pu s’arrêter là. C’était sans compter sur messieurs M. et G. qui décidèrent, l’année suivante, de nous emmener à nouveau au CRAC. Cette fois, l’expo s’appelait « The Dummy’s Lesson », et réunissait deux artistes, Eric Duyckaerts et Jean-Pierre Khazem. Le point de départ de l’expo était une installation particulièrement intéressante (à voir en ce moment au musée Jean Cocteau de Menton) : l’histoire d’un ventriloque qui donne une leçon de dessin à sa marionnette, cette dernière en profitant pour entamer une psychothérapie de son maître. Pour accentuer le jeu du «qui est qui», le marionnettiste porte un masque rendant son visage immobile, alors que le pantin, qui a les mêmes traits, est particulièrement expressif.

"The Dummy's Lesson", c'est un peu "Qui est qui ?". Mais ne cherchez pas Pépita.

C’est dans le reste de l’expo que les choses se sont gâtées. Il y avait d’un côté les vidéos d’Eric Duyckearts, auxquelles je ne comprenais rien. Il faut dire que l’homme est du genre à passer un quart-d’heure en vidéo à vous expliquer comment dessiner un carré, en anglais dans le texte (How to draw a square). Passe encore.

C’est l’autre plasticien, Jean-Pierre Khazem, qui a fini de m’achever. Ce vidéaste-photographe s’est spécialisé dans l’usage du masque. Sur ses travaux, les personnages n’ont jamais leur vrai visage. Tantôt toon sous acide, tantôt visage complètement déformé. Mais le pire, c’est quand il fait enfiler à ses modèles des masques réalistes, à leur propre image. Alors les visages se figent, les personnages ressemblent à des cadavres ambulants. Ni trash, ni vulgaires, assez poétiques même, les travaux de Jean-Pierre Khazem sont pourtant les plus inquiétants que j’aie jamais vu.

Et c’est encore pire en vidéo : le Llama Project. Je vous résume : une petite rouquine au visage (enfin, au masque) renfrogné et au large front se promène dans sa maison. Elle est la seule à voir un lama empaillé que tout le reste de la famille semble ignorer. En fait, toute la famille semble l’ignorer, elle. En images, ça donne ça :

Extrait de "Llama project" de Jean-Pierre Khazem, photo CRAC Languedoc-Roussillon

Flippant. Surtout dans une salle obscure, sur écran géant. Autant dire que, malgré les quelques oeuvres intéressantes qui restaient à voir, j’étais définitivement fâché avec l’art contemporain. Je n’ai pas remis les pieds dans un musée d’art moderne ou contemporain pendant trois ans. C’est la Tate Modern, des années plus tard, qui a réussi à me rapprocher à nouveau de l’art contemporain. Mais je reste – et je resterai, à mon avis – marqué par ces traumatismes de jeunesse, qui ont créé la relation ambivalente que j’entretiens avec l’art contemporain, qui me fascine autant qu’il me terrifie.

Moralité : messieurs les professeurs, oui, emmenez vos élèves voir des expos d’art contemporain, c’est important d’y être sensibilisé jeune. Mais choisissez bien votre exposition, ne provoquez pas le traumatisme !

2 thoughts on “Pourquoi j’ai longtemps détesté l’art contemporain (deuxième partie)

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