Pourquoi j’ai longtemps détesté l’art contemporain (première partie)

Le temple du traumatisme artistique...

Pas d’exposition conceptuelle, ni d’artiste déjanté ou de musée surprenant ; aujourd’hui j’ai décidé de vous raconter une histoire. Celle de mon rapport ambigu à l’art contemporain. Depuis l’ouverture du blog, je vous y présente des oeuvres sous l’oeil d’un amateur, ni spécialiste ni éclairé, mais tout de même un brin au courant de l’univers de l’art contemporain. Et pourtant, pendant des années, j’ai été incapable de franchir les portes d’un musée ou de chercher le nom d’un artiste sur le web. Voilà pourquoi.

~ Chapitre 1 ~

Tout a commencé en une belle journée de printemps, en l’an 2000. J’étais en classe de 6e, j’avais neuf ans. Avec nos géniaux profs de français et d’Histoire, monsieur M. et monsieur G., nous étions partis passer deux jours à Sète. Au programme, du théâtre, des exercices d’improvisation, du Brassens, de la marche, beaucoup de marche même. Et la visite du CRAC. Le « Centre d’Art Contemporain » du Languedoc-Roussillon. L’art contemporain, un truc dont je n’avais jamais entendu parler ; je n’ai même pas le souvenir qu’on nous ait fait un topo avant d’entrer au musée. 

Et pourtant… c’eût été bien utile. Un simple « attention les yeux » aurait suffi. L’exposition « Ut ur kortinu / En dehors des cartes » était un échange entre artistes français et islandais. Pour faire court, un artiste islandais, c’est quelqu’un dont le nom finit par «son» (fils de) ou «dottir» (fille de), et qui est à l’art ce que Björk est à la musique : un peu trop conceptuel et complètement barré. Je me suis donc trouvé accueilli dès l’entrée du musée par une immense toile réalisée par un dénommée Hallgrimur Helgason. Sur la toile, une chambre ; dans la chambre, un lit ; et sur le lit deux personnages livides aux formes toutes rondes, qui ressemblaient plus à des fantômes au regard de clown triste qu’à des humains. J’avais neuf ans, hein. Face à cette imposante peinture, premier réflexe, se cacher les yeux.

Coucou, on vient te présenter le monde merveilleux de l'Art Contemporain ! (Hallgrimur Helgason, Love and love : the good chamber)

A partir de là, c’était foutu. Planqué derrière les jambes de monsieur M., j’avançais à pas lents dans les salles en regardant dans chaque coin de la pièce qu’il n’y ait pas une peinture, une sculpture ou une vidéo surprenante, effrayante même. Et cette habitude, je ne l’ai jamais perdue. Aujourd’hui encore, dans un musée d’art contemporain, je jette un regard panoramique à chaque salle avant d’y entrer. Quant à l’écriteau « les oeuvres présentées dans cette salle sont susceptibles de choquer les personnes sensibles », il est devenu mon pire cauchemar. Toujours l’angoisse de retrouver ces deux fantômes allongés sur un lit derrière la paroi de la salle.

Pour me rassurer, une camarade me dit, après la visite (partielle, du coup) du musée : « tu sais, tu as échappé au pire. Il y avait une salle d’hôpital avec des filles ligotées dans des camisoles qui se faisaient passer des verres de lait avec les dents peintes en noir ». Il y avait donc pire que mes deux fantômes : quatre islandaises jouant aux victimes d’accidents (si vous êtes curieux, les filles se produisaient sous le nom d’Icelandic Love Corporation et leur performance s’appelait Hope). Autant dire que l’art contemporain et moi, c’était mal parti.

The Icelandic Love Corporation. J'ai jamais compris ce que le "love" venait faire là-dedans.

… Remarquez, c’aurait pu être pire. La même année, on aurait pu m’emmener voir Présumés innocents au CAPC de Bordeaux (‘tention au lien, les images sont trash).

A suivre… Le chapitre II

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