Evento, saison 2, épisode 1 ► Delbono, c’est du Pippo ?

Visuellement et musicalement, un spectacle irréprochable.

Ca y est, Evento, « le rendez-vous artistique et urbain » de Bordeaux, c’est parti. Pendant dix jours, artistes locaux (un peu) et internationaux (beaucoup) investissent la ville, sous la houlette de l’italien Michelangelo Pistoletto. En ouverture du festival, une création du metteur en scène Pippo Delbono, Rosso Bordeaux.

Ne nous gavons pas de grands concepts, Evento, c’est une biennale qui fait sortir les artistes dans l’espace urbain. Inversement, les musées bordelais sont occupés par des expositions qui prennent la ville pour sujet. Le thème, cette année, c’est la « ré-évolution urbaine ».

Le top départ de la manifestation, qui s’étend cette année jusqu’au 16 octobre, a été donné jeudi 6, sur la Place de la Comédie. Au programme, un spectacle de Pippo Delbono. Pour vous donner une idée du personnage, ce metteur en scène aime réunir sur une même scène des anciens pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, des militants et des comédiens professionnels. Dans son spectacle de 2004, Urlo, il mettait en scène l’arrachage brutal (et truqué, ouf.) du téton d’un comédien, et faisait ramper sur scène un personnage squelettique, couvert de boue, hurlant sur scène pendant de longues minutes. Le tout en alternance avec des passages légers, très légers.

Voici un portrait de Pippo Delbono réalisé par la télévision espagnole. Le reportage n’est pas sous-titré, mais les images – dont beaucoup sont extraites de Urlo parlent d’elles-mêmes.

Pointu

Le spectacle d’ouverture d’Evento, Rosso Bordeaux, était précisément dans la même veine. Pippo Delbono use de techniques issues du spectacle grand public pour faire du théâtre-performance pointu. Il y avait donc de belles musiques, des réinterprétations de tubes de Kraftwerk jouées par le quatuor Balanescu. Et de superbes éclairages, mention spéciale portée à l’embrasement de la façade du Grand Hôtel Régent.

Pour le reste, le contenu du spectacle en lui-même reste parfaitement hermétique. On nous avait annoncé une création sur le vin rouge, que le metteur en scène a eu la surprise de voir recraché après les dégustations. Au lieu de cela, Delbono propose des tableaux difficiles à saisir, assénant des textes apocalyptiques qui ne veulent pas dire grand chose (« Il faut déconstitutionnaliser le foutre ! ») en yaourt franco-italien. Il projette sur la façade du grand hôtel son propre visage grimaçant, filmé en gros plan. Il invite son comédien fétiche, Bobo, sourd et muet, 45 ans d’hôpital psychiatrique à son actif, à venir hurler sur l’estrade qui sert de scène.

"Où sont les toilettes ?" : c'est même pas moi qui l'ai dit, c'est Pippo.

Mais entre ces tableaux pesants, Pippo Delbono sait aussi détendre l’atmosphère. Il fait signe au maestro de reprendre la musique, de même que les spots colorés qui balayent l’immense place de la Comédie. Et cabotine un peu avec le public, fait des clins d’oeil à Alain Juppé et à la politique de Berlusconi.

Au final, on ressort de ce spectacle one-shot un peu dubitatif : tout cela était très joli (et brillamment accompagné par le quatuor Balanescu et les choeurs de l’Opéra de Bordeaux), on a passé un agréable moment. Mais on n’a pas compris où essayait de nous mener Pippo Delbono pendant un peu plus d’une heure. Trop conceptuel, Delbono ? Reste à espérer que ce ne soit pas la direction que Michelangelo Pistoletto a décidé de donner à l’ensemble de la biennale. Réponse dans un peu moins de dix jours (et peut-être dans les prochains articles).

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