Evento, S02E02 ► Va jouer avec les artistes de ta rue !

Le monsieur là-haut joue de la musique. Vous ne l’entendez pas ? Ca veut dire que tout fonctionne.

J’aurais voulu éviter cette nouvelle édition d’Evento, je n’aurais pas pu. En habitant dans l’une des rues les plus investies de Bordeaux pour la biennale, la rue Camille Sauvageau, impossible d’échapper aux interventions surprenantes des étudiants de l’école des Beaux-Arts, qui ont été mêlés à la préparation du festival.

Evento, ce sont des expositions (trois, les « racines » de la biennale). Ce sont aussi des événements, des performances (plein, partout). Mais il y a aussi une initiative intéressante, les « chantiers des savoirs partagés », où les oeuvres d’art « conventionnelles » laissent place à des interventions interactives.

Au coeur du quartier Saint-Michel, la longue rue Camille Sauvageau est investie par les étudiants de l’école des Beaux-Arts qui se trouve tout près. Oeuvres picturales côtoient les sculptures, installations et performances qui donnent à la rue un look nouveau. Le fil rouge de cette partie commune – c’est le nom de la manifestation, c’est la plus grande terrasse du monde. Tout le long de la rue, des bancs, disposés tantôt sur les trottoirs, tantôt en plein milieu de la route, nous invitent à prendre notre temps sur la rue. Clin d’oeil à la première édition d’Evento, ces bancs sont réalisés avec des planches qui avaient servi à ériger la grande passerelle Kawamata, symbole d’Evento 2009.

Voilà une oeuvre allumée toute la nuit. ET LA PLANÈTE ? VOUS AVEZ PENSÉ À LA PLANÈTE ?

Puis, le long de la rue, on croise des oeuvres, par-ci, par-là. Des éclats de miroirs, sur les murs. Des miroirs d’eau miniatures, au sol. De grands échafaudages illuminés sur lesquels viennent s’ajouter au fil du temps des petits carrés de plâtre. Et L’endroit des chimères, une belle installation vidéo placée dans la vitrine d’une boutique désaffectée. Tout cela est déjà bien plaisant.

Mais le lieu prend toute une autre dimension en fin d’après-midi, ou à la tombée de la nuit. De nouvelles installations apparaissent. Sur certains des échafaudages se déroulent des Concerts sourds, qui – comme leur nom l’indique – ne produisent aucun son, mais déclenchent des petites loupiotes. Sur certains murs sont projetés des phrases accrocheuses, parfois des détournements de slogans publicitaires, en imposantes lettres roses. Les chimères évoquées plus haut quittent leur « endroit » pour envahir les murs de la rue. Poétique, ma rue.

« Sangsue, connecting purple ». Calembour fail : « connecting people », c’était Nokia.

Et puis il y a les commerces. Les lieux occupés comme l’indique le site de Partie Commune. Au nombre de trois, j’en pose un (le Publication Studio que je n’ai pas visité) et j’en retiens deux : l’agence TOD et l’ancien PMU La Gare. Dans la première, on nous propose un voyage à Istambul sans bouger de Bordeaux. Le tout avec un dispositif vidéo en direct qui nous relie à un avatar présent dans la capitale Turque. C’est incroyable, et pourtant ces agents de voyage arrivent à nous y faire croire. Est-ce vrai ? Est-ce un fake ? Réponse pour moi jeudi, j’ai réservé mon voyage.

Enfin, dans l’ancien bar PMU se trouve l’Attraction, avec un grand A, de la rue. Imaginez : au fond d’un grand bar désaffecté, dans une immense cage, trois poulets génétiquement modifiés qui cohabitent avec trois vraies poules, font les trois huit pour produire de petits objets, à raison de vingt-quatre heures par jour, donc. Vous ne me croyez pas ? Voyez plutôt.

Ces trois énergumènes au masque de poulet, qui ne disent pas un mot de la journée, attirent irrésistiblement les visiteurs amusés… qui finalement ne peuvent rien faire d’autre que de les contempler en pouffant.

Une nouvelle fois, on n’a pas tout compris à ce qu’on nous montrait. Heureusement, les médiateurs d’Evento sont là de temps en temps pour nous aiguiller. Mais au final, même sans explications, l’essentiel, c’est que ces oeuvres-là ne laissent personne indifférent. En transformant la rue Sauvageau pour un peu plus d’une semaine, en s’imposant dans la ville, elle obligent tout le monde, y compris ceux qui n’auraient jamais mis les pieds dans un musée comme le CAPC bordelais, à jeter un oeil, parfois amusé, parfois agacé, à l’art contemporain. Et en cela même, Evento est déjà une réussite.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s