Coup de coeur : le MAC/VAL de Vitry

MAC/VAL = Musée d’Art Contemporain du Val-De-Marne. Ce qu’il faut saisir de ce bel acronyme, c’est qu’à dix kilomètres de Paris, capitale de l’art contemporain de la France, forte de ses Beaubourg et autres Palais de Tokyo, il existe un autre musée d’art contemporain. A Vitry-sur-Seine très précisément. Et pas d’la daube, sur le papier : un bâtiment flambant neuf de 4000m2 et 10000m2 de jardin, des artistes en résidence, un site web et des brochures d’une classe universelle, et des expositions monographiques encore jamais réalisées en France (comme IFP, en ce moment).

Un grand lieu de l’art contemporain en banlieue parisienne ? Chiche ! Me voilà donc dans le métro, ligne 7, direction Villejuif-Louis Aragon, puis dans un bus, direction le MAC/VAL. Une bonne demi-heure de trajet en tout, quand même. Le tout pour arriver devant une bâtisse impressionnante, introduite par une oeuvre monumentale de Dubuffet (La chaufferie avec cheminée).

« Ce bâtiment ne s’inscrit dans aucune perspective ; il ne prolonge aucune avenue ni aucun parc public »

A l’intérieur, le bâtiment est également superbe. Mais vide. Ce jeudi de semaine, pas un chat dans les salles du musée. Tout juste quelques groupes de scolaires. Le MAC/VAL a vraiment l’air de pâtir de son isolement.

Et pourtant, le lieu vaut vraiment le détour. Si Beaubourg est un bonne introduction à l’art contemporain, le MAC/VAL est l’étape juste après. Pour quiconque s’intéresse à la création française actuelle, c’est incontournable. Tous les grands noms sont là : Annette Messager, Claude Closky, François Morellet, Cyprien Gaillard, etc.

L’accrochage actuel s’intéresse au thème du futur. On nous annonce un parcours tout en couleurs, la promesse est respectée. De la vidéo (en HD, c’est appréciable), des néons, roses et verts, des flammes (en photo), il y a une profusion des supports, des formats. Le lien des oeuvres avec la thématique n’est pas toujours clair, mais cela importe peu au final. Dans chaque espace, souvent vaste d’ailleurs, on est dans un univers nouveau.

On entre dans l’accrochage par une oeuvre de Anri Sala, Le Clash. Une vidéo tournée à Bordeaux (cocorico !) où le vidéaste se promène aux alentours d’un lieu bien connu, l’ancienne salle des fêtes du Grand Parc, en jouant Should I Stay or Should I Go à la boîte à musique. Un hommage aux Clash, passés par cette salle dans les années 80. Une jolie vidéo, colorée par la façade de ladite salle des fêtes, qui pose bien l’ambiance de l’expo.

S’ensuivent de belles photos « fabriquées » par Thierry Fontaine, une vidéo d’Eric Duyckaerts (encore une parodie de leçon donnée par un professeur en toc – déjà vu ici), un immense pastiche du logo de la Paramount renommé Paramour (amant, en anglais littéraire), réalisé par Jean-Luc Verna, ou encore un arbre recouvert de lierre en néon, de Pierre Malphettes.

C’est joli, on dirait le miroir d’une loge d’acteur

Et puis trois grands espaces abritant de belles installations : les Danses du scalp d’Annette Messager, une oeuvre poétique et pas inquiétante (rare, chez Messager !) où des touffes de cheveux volent au vent grâce à des ventilateurs posés au sol. Les trésors de la mémoire de Sarkis, une oeuvre monumentale aux accents Boltanskiens dont les héros sont des photos d’enfants-acteurs, découpées dans de vieux Cahiers du cinéma, dont les images sont traversées par des néons roses. Histoire de rappeler à notre souvenir ces enfants « stars d’un film », que l’on n’a jamais revu après. Et enfin, la Skyline de Kader Attia, un amas de frigos plus ou moins grands, qui, recouverts de petits carreaux brillants, deviennent une ville ; mais une ville fantôme, déserte… une ville de grande solitude, comme dirait l’autre.

« Trésors de la mémoire ». Une oeuvre à ne pas regarder trop longtemps, elle fait mal aux yeux.

Beaucoup d’oeuvres intéressantes, donc. Mais ce qui fait la grande qualité de ce musée, c’est aussi la médiation avec le public. Le MAC/VAL n’est pas un musée où on se promène sans rien comprendre, en se disant « on aurait dû prendre un guide ». Ici, le guide est partout. Sur les petits cartons explicatifs accompagnant chaque oeuvre, pour l’expliquer précisément. Sur les écrans présentés à côté de certaines installations, où on peut regarder des entretiens avec les artistes (qui rendent presque Annette Messager sympathique). Et surtout avec l’audioguide gratuit, donné à l’entrée du musée ou même téléchargeable à l’avance sur son baladeur. Là, ce sont les artistes eux-mêmes qui expliquent leur travail. Adieux concepts pompeux, références pointues et onanisme intellectuel ; ici l’artiste nous dit clairement ce qu’il a voulu faire et comment il l’a fait. Point trait.

En un mot : coup de coeur pour le MAC/VAL. Un musée beau et spacieux, une collection hétérogène et pertinente. Et surtout, un accompagnement tout au long de la visite, qui permet de découvrir, de comprendre, d’apprécier les artistes. Seul bémol : la situation du musée. Je ne demande pas qu’il ait été à Paris, faire sortir l’art de la capitale ça reste essentiel. Mais à la sortie d’une station de métro, c’eût été un brin plus appréciable !

2 thoughts on “Coup de coeur : le MAC/VAL de Vitry

  1. Ping : “Intense proximité” au Palais de Tokyo. Démontage en règle. « Content pour Rien

  2. Ping : L’envoûtante oeuvre d’Anri Sala au Centre Pompidou « Content pour Rien

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