« Intense proximité » au Palais de Tokyo. Démontage en règle.

Depuis plus d’un an, sur ce blog, je m’efforce de présenter des artistes, des expositions, des musées, qui peuvent faire découvrir l’art contemporain aux novices ou aux réfractaires sous un angle ludique, léger, pédagogique. Le CAPC de Bordeaux excelle parfois en la matière, le MAC/VAL de Vitry-sur-Seine en est un excellent exemple. Le Palais de Tokyo, fraîchement rouvert, c’est tout le contraire.

Une fois n’est pas coutume, je tiens à lancer un coup de gueule. Actuellement se déroule dans ce site de création contemporaine un événement majeur, la Triennale. Un aperçu de la scène contemporaine française et internationale, autour d’une thématique : « Intense proximité ». Pour faire simple, plus de 1000 oeuvres sur le thème de l’Autre, du voisin. Avec des plasticiens, mais aussi des cinéastes, des gens de lettres, des ethnologues (Claude Lévi-Strauss a droit à une salle entière).

Seulement voilà, j’ai eu beau parcourir en long, en large, et en travers, les galeries du Palais, la mayonnaise ne prend pas. Et cela pour des raisons bien précises, que j’exposerai très clairement en trois temps, comme au bon vieux temps des examens.

1 – Les oeuvres

C’est sinistre, c’est angoissant. Voilà, en deux mots, comment on peut résumer l’éventail d’oeuvres, pourtant immense, présentées ici. Tout, ou presque, est gris, marron, noir. Les oeuvres présentées sont complexes, elles tiennent beaucoup plus d’une démarche conceptuelle qu’esthétique. De temps à autres, c’est même carrément inquiétant. Cela faisait longtemps que je n’avais pas sursauté dans un musée.

Ces portraits vus à travers un miroir brisé sont tout simplement glaçants.

Même les artistes habituellement « grand public » jouent la carte du glauque. Thomas Hirschhorn, connu pour ses cabanes ou ses grottes faites de carton et rouleau adhésif, fait entrer l’iPad au musée avec une vidéo trash. Sarkis, qui nous avait offert un beau moment de poésie au MAC/VAL, propose ici une fresque d’une violence inouïe. A ne pas mettre entre tous les yeux.

Et puis il y a le son. Le bruit, plutôt. La superposition de toutes ces vidéos, à la bande sonore parfois stridente, produit une cacophonie désagréable et anxiogène. Ecoutez plutôt.

Heureusement, quelques bonnes surprises – rares mais bien existantes – se détachent. Comme cette drôle de vidéo du jeune Mihut Boscu où un personnage burlesque, masqué, se trouve au centre d’effets spéciaux amusants. Ou encore Annette Messager, qui une nouvelle fois surprend dans le bon sens du terme, avec une oeuvre aérienne, Motion/Emotion, qui joue avec des vêtements et des ventilateurs.

Remarquons enfin la superbe oeuvre in situ de Ulla Von Brandeburg, Death of a king. Une rampe de skate parée d’un patchwork de couleurs vives.

Enfin un peu de couleur dans ce monde de brutes.

2 – La médiation

Il y a certains musées où la médiation laisse un peu à désirer. Des explications trop pointues, ou parfois une sélection d’oeuvres décryptées, laissant les autres de côté. Mais au moins il y a le mérite de vouloir ouvrir l’art aux spectateurs. Dans cette expo, rien de tout cela. Alors, oui, il y a de jolis « espaces de médiation »… mais lors de ma visite tous étaient désespérément vides. Seul un panneau à l’entrée annonce les horaires de quelques visites guidées.

Pour le reste, on ne trouve aucun carton explicatif. Aucun. On a droit au nom de l’artiste, de l’oeuvre, les matériaux, et c’est tout. Il va sans dire qu’il n’y a pas d’audioguide non plus. D’aucuns, comme Jean-Michel Ribes dans Musée Haut Musée Bas, nous diraient que ça ne sert à rien de comprendre, dans un musée, qu’il faut ressentir avant tout. Sauf qu’on ne ressent rien. Et que le Palais de Tokyo est grand. Prévoyez deux heures de visite. Et deux heures sans ressentir, c’est long, très long.

3 – Le musée

Pour couronner le tout, le musée lui-même appuie l’impression d’incompréhension, de mal-être, que véhicule l’exposition. On entre dans le musée par le troisième étage. Et plus l’on s’approche du niveau le plus bas, plus on descend dans le sombre, le glauque, l’inquiétant. Toute l’architecture est marquée par une impression « brut de décoffrage » qui donne l’impression que les travaux ne sont pas encore finis. Des murs de quérons apparents, des câbles au plafond, etc. Passe encore.

Mais dans les niveaux inférieurs, on est à la cave. Pour de vrai. Des murs délabrés, un sol pas toujours d’aplomb (pratique pour les personnes à mobilité réduite, tiens), des planchers parfois humides. Alors certes, tout cela est volontaire. Mais ça ne sert pas les oeuvres, bien au contraire. On est maintenu en permanence dans cette atmosphère inquiétante, presque étouffante, qui risque bien de faire fuir au pas de course quiconque n’est pas habitué.

En un mot, le Palais de Tokyo, qui se revendique comme l’un des pôles de la création contemporaine, ne se donne absolument pas les moyens de s’ouvrir au grand public. Mon conseil sera donc le suivant : à moins d’être féru d’un art contemporain pointu, conceptuel, trash et dérangeant, passez votre chemin !

Pour qui ? Pour les plus férus d’art (et encore)

Combien de temps ? Deux bonnes heures

Où ? Paris 16e

2 thoughts on “« Intense proximité » au Palais de Tokyo. Démontage en règle.

  1. Ping : L’envoûtante oeuvre d’Anri Sala au Centre Pompidou « Content pour Rien

  2. Ping : Hyber’actif « Content pour Rien

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s