L’envoûtante oeuvre d’Anri Sala au Centre Pompidou

Bon. Remettons-nous d’aplomb après le coup dur au Palais de Tokyo. Il est temps de découvrir un grand artiste contemporain. Un poète, un cinéaste, un créateur d’ambiances. Anri Sala (ça se dit ann-ri, pas Henri). Né en 1974 en Albanie. Vidéaste avant tout, il vit et travaille à Paris. Et c’est lui qui représentera la France à la Biennale de Venise, le festival de Cannes de l’art contemporain. Autrement dit, c’est pas n’importe qui, Anri.

Anri Sala, avec l’actrice d’un de ses films, Maribel Verdú.

J’avais déjà eu l’occasion de remarquer l’une de ses oeuvres, le film Le Clash, au MAC/VAL de Vitry. Il y présentait un homme tournant autour de la salle des fêtes abandonnée de Bordeaux. Dans les mains de l’homme, une boîte à chaussures. Dans la boîte, une boîte à musique, qui joue, à la façon d’une berceuse, Should I Stay or Should I Go de The Clash (qui s’était produit dans cette fameuse salle). Un joli moment de poésie.

Jusqu’au 6 août, une exposition lui est consacrée au Centre Pompidou. Anri Sala investit la galerie Sud du musée. Avec une seule oeuvre. Une immense installation vidéo, qui n’a pas de nom. Cinq écrans géants sont disposés en éventail dans la salle sombre, légèrement éclairée par la lumière naturelle qui vient de la paroi en verre donnant directement sur la rue. Par-ci, par-là, des photos, des sculptures, et une dizaine de caisses claires sur lesquelles sont posées des baguettes.

Pour l’exposition, Anri Sala a créé une boucle, à partir de quatre de ses vidéos récentes. Quatre films simplement sublimes. Tournés en haute définition, comme de vrais petits films, ils sont empreints d’une véritable poésie. Et ils donnent une place si importante à la musique que la narration, finalement, passe après.

Il y a donc Le Clash, dont on a déjà parlé. Et son pendant mexicain, Tlatelolco Clash, où des habitants d’une ancienne cité aztèque reconstituent la chanson des Clash à l’orgue de barbarie, chacun amenant un morceau de la partition. Il y a Answer Me, une vidéo courte, un dialogue de sourds entre une femme et un homme qui joue de la batterie à tue-tête.

Et il y a le superbe 1395 days without red, où une musicienne d’orchestre déambule dans Sarajevo en chantonnant sa partie de basson dans une symphonie de Tchaïkovski. Elle chantonne, pour exorciser son traumatisme, celui du siège de Sarajevo, de 1992 à 1995. Alors, comme tous les autres, elle se précipite à chaque passage clouté, comme pour encore éviter d’être repérée par les snipers. Le tout en alternance avec la musique de Tchaïkovski, jouée par l’orchestre.

Dans cette exposition, Anri Sala nous offre trois éclairs de génie.

Un, le son. Un mixage fait sur mesure, irréprochable, comme au cinéma. On a l’impression que des sons viennent de partout. Parfois des bribes d’une vidéo résonnent au fond de la salle pendant qu’une autre défile sous nos yeux. Histoire de toujours nous maintenir attentifs à tout.

Deux, la scénographie. La vidéo navigue d’un écran à l’autre, nous obligeant à bouger, à changer de place. Parfois deux séquences différentes sont projetées sur deux écrans en même temps. Il faut garder ses sens en éveil pour tout capturer. A un certain moment, tous les écrans s’allument en même temps, pour n’afficher que des couleurs vives. Là encore, la surprise est omniprésente dans cette oeuvre, dans le bon sens du terme.

Il y a de la batterie dans les vidéos, et de la batterie hors des vidéos. Une façon de nous faire rentrer, presque pour de vrai, dans les films.

Trois, la magie. Parce qu’oui, il y a de la magie dans cette galerie. Quand l’effréné batteur de Answer me tape comme un bourin sur ses tambours, dans la salle, les baguettes posées sur les caisses claires s’animent, toutes seules. Et se mettent elles aussi à faire du bruit. Et c’est comme dans la magie : on sait qu’il y a un truc, mais on n’arrive pas à comprendre lequel. C’est simplement fascinant.

La boucle vidéo dure une heure. Une heure ! Et pourtant… la plupart des visiteurs passe l’heure entière dans la salle, à voguer d’écran en écran, parfois assis à même le sol, pour être plus près des écrans. L’installation d’Anri Sala, belle, soignée et poétique, est à ne surtout pas manquer au Centre Pompidou. Et à recommander à tous ceux qui croient encore que dans l’art vidéo, il n’y a que des films crado mal filmés.

Pour en voir plus : une visite filmée de l’expo sur le site Artnet.com

4 thoughts on “L’envoûtante oeuvre d’Anri Sala au Centre Pompidou

  1. Ce n’est pas un 5.1 mais un 28.3 (un truc dans le genre), système son fait sur mesure.
    LIRE LES DOSSIERS DE PRESSE AVANT DE PUBLIER.

    • Le dossier de presse (et les cartons de présentation de l’oeuvre) mentionnent en effet 27 canaux son. J’ai commis une étourderie en laissant passer cette mention de mixage 5.1, corrigée aussitôt votre commentaire lu (commentaire qui aurait pu être moins désagréable dans son énonciation, soit dit en passant).

  2. Tu y es finalement allé! C’est vraiment une très belle exposition, et tes articles me rappellent ô combien les musées français me manquent!

  3. Ping : "Logical Song" : un Ange Leccia passe | Content pour Rien

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