Double You. Family Art.

Dans sa pièce culte «Musée haut, musée bas», Jean-Michel Ribes imagine un énième nouveau courant de l’art contemporain, le family art. José, l’artiste, a commencé par exposer des photos de famille, puis les robes de sa maman. Il y a eu la période vidéo, à la galerie 27, avec les films de famille. Et l’oeuvre magistrale, l’étouffante et perturbante maman, assassinée et plastifiée, pour être exposée dès le lendemain.

«Je voudrais qu’elle garde ses mains en forme de tenaille» dit José.

Elle a l’air toute mignonne comme ça, cette petite ? Ne vous y fiez pas. (Photo DR)

Lors d’une récente visite au Musée d’Art moderne de la ville de Paris, je me suis laissé surprendre par une salle, sombre et minuscule. Mais qu’il est impossible de louper, car elle est placée tout près de l’entrée des galeries. Et là, stupeur : le family art existe. Pour de vrai. 

Bon, à un petit détail près : José s’appelle en réalité Joël. Joël Bartolomeo. Pour le reste, tout est là. Les photos et les films de famille ; les meubles comme si on était dans le salon. Et surtout, cette extrême violence qui se cache derrière l’apparente légèreté de la vie de famille.

L’exposition, minuscule (six oeuvres dans une salle qui ne doit pas excéder la taille de mon appartement, c’est dire), surprend dès le premier coup d’oeil, par un contraste fort : on est dans la salle sombre d’un sacro-saint musée, et pourtant, il y a des guirlandes lumineuses en forme de coeur, un canapé – très confortable au demeurant, et même des coussins pour s’asseoir au sol.

A première vue, tout ce qui est présenté là dépeint la vie d’une famille comme toutes les autres, avec ses discussions à table, ses photos de vacances, et ses jeux d’enfants.

Tout est fait pour nous mettre dans une position confortable. Dans un premier temps.

Sauf qu’en s’attardant un peu sur chacune de ses oeuvres, il en ressort un sentiment de malaise assez clair. Contrairement à certaines expositions étranges, là, on sait très bien d’où vient le malaise. Toutes ces scènes apparemment normales révèlent une violence parfois insoutenable. Lorsque la petite Coline s’amuse avec son Chat qui dort (vidéo), c’est pour le tabasser et l’obliger à faire semblant de faire dodo (un carton précise, tout de même, que le chat a vécu de longues et heureuses années après le tournage). Sur les photos de vacances, La famille roux n’arbore jamais un air joyeux. Une discussion à table vire au débat sur la peur de mourir.

On a vu plus insoutenable, dans l’art contemporain, non ? Oui, mille fois oui. Mais cette fois, si rien n’est véritablement trash, tout est vrai. Et c’est cela qui blesse. Car Joël Bartolomeo n’a fait que filmer sa famille, sa vraie famille, dans des situations normales. Ce ne sont pas des acteurs qui jouent un scénario. A l’écran, ça pourrait être la famille de vos amis, de vos voisins. Ou la votre. Et cette violence est autant extrême que quotidienne.

Qui n’a jamais vu un bébé frôler l’étouffement à force de pleurs ? Qui n’a jamais envoyé balader le premier meuble qui passait sous la main, dans un accès de colère ? Voilà, ce qui met mal à l’aise. L’exposition, plaisante toutefois, nous met face à cette violence que l’on feint d’ignorer dans notre propre vie quotidienne.

Alors, il y a deux façons de visiter cette – très intéressante – exposition. Certes, on peut faire le tour des oeuvres, garder un oeil sur l’écran géant qui diffuse en boucle trois courtes vidéos (dont Le chat qui dort), et ressortir de là un brin dérangé.

Ou alors, on peut faire face au choc des images et de ce qu’elles révèlent, regarder deux ou trois fois la boucle vidéo. Alors, le choc du film s’efface un peu, et ce sont les réactions des gens alentour qui retiennent l’attention. Certains mettent les pieds dans la salle, voient un chat se faire violenter, sortent. D’autres font le tour des oeuvres, avec un rictus qui vire au rire jaune. D’autres encore restent fascinés par ces images. Mais personne ne reste insensible. Et c’est cela qui fait l’efficacité de l’exposition.

Je vous rassure, malgré tout ce pan de malaise, les oeuvres de Joël Bartolomeo restent agréables à regarder ! Jusqu’au 30 septembre, Musée d’Art Moderne de la Ville, Salle 17bis (M° Alma-Marceau ou Iéna), entrée libre du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 22h.

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