Barcelone : le Macba, si haut et pourtant si bas

L’immense bâtiment du musée d’art contemporain de Barcelone abrite un accrochage des collections permanentes orienté autour de plusieurs thématiques, et une exposition temporaire. Mais il renferme surtout du vide. Beaucoup de vide.

Le MACBA, son "geste architectural" en forme de rampe, et son immense esplanade, paradis des skaters.

Le MACBA, son « geste architectural » en forme de rampe, et son immense esplanade, paradis des skaters.

Barcelone a beau être l’une de mes principales destinations de vacances, je n’avais encore jamais mis les pieds au MacBa, le Museu d’Art Contemporani de Barcelona (en catalan dans le texte). Vu de l’extérieur, le bâtiment a tout du parfait musée d’art contemporain. Au détour de rues étroites près de la rambla, la grande artère commerciale, il surgit de nulle part. Il ne prolonge aucune avenue, aucun parc, mais trône au milieu d’une immense esplanade. Ce grand parallélépipède, tantôt blanc immaculé, tantôt transparent comme du verre, impressionne par ses dimensions.  

À l’intérieur, même impression de grandeur, l’ensemble du bâtiment s’articule autour d’un immense atrium, très lumineux, qui donne directement sur la façade. On passe d’un étage à l’autre par une grande rampe inclinée, un « geste architectural » certes, mais terriblement long à escalader.

Quand il s’agit de s’intéresser aux collections, adieu lumière, adieu grandeur. Les galeries, cantonnées dans le côté opposé du bâtiment, baignent dans la pénombre. On passe d’une salle plutôt bien éclairée à une un peu plus sombre, puis un peu plus sombre, jusqu’à tomber sur des salles entièrement obscures, où l’on ose à peine s’aventurer, quand on entend le drôle de bruit qui en sort.

Et les œuvres présentées, me direz-vous ? Elles sont à l’image de ces galeries. Sombres, sinistres. Souvent fades. Ici, on parle de première mondialisation, de domination par le travail, de fétichismes, à travers des dessins crayonnés, des toiles expressionnistes où les tonalités de gris et de marron se disputent la vedette. Il y a de la vidéo en pagaille, mais de la vidéo sale, faussement amateur. Sale manie des artistes de la fin du XXe siècle que de vouloir montrer qu’ils savaient jouer avec une cassette vidéo en trashant l’image à volonté. Des artistes rois du crado, comme Paul McCarthy et son drôle de Pinocchio (à voir , mais pas pour tous les yeux). Mais pas de couleur (ou si peu), au fond, peu de souci esthétique, dirait-on.

Une œuvre se démarque de cette grisaille artistique à rendre dépressif un clown : un immense autel divin, fait de néons colorés et d’icônes religieuses. Et de produits de supermarché. Car (il faut bien que l’art parle un peu de la société, sinon ce ne serait pas de l’art, hein) il s’agit d’un immense autel à la société de consommation. Santa Comida (Sainte nourriture), de Miralda.

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« Sainte bouffe, qui es aux cieux »… On peut même faire des offrandes. (Photo MacBa)

Et une mauvaise surprise, pour terminer : CC3 [pour Casi Cinema 3] Mailyerin, de Hélio Oiticica et Neville Almeida. À première vue, un dispositif intéressant. Une installation multimédia, conçue dans les années 70, avec de la vidéo projetée sur les cinq murs et au plafond, sous forme de lieu de bien-être, avec des petites dunes de sable et des ballons au sol. Sauf que. Sauf que la (les) vidéos projetées sont en réalité des cliches de Marilyn Monroe, que les artistes ont grimée avec des lignes de coke. Comme un enfant griffonne des moustaches et des gros cils au feutre sur les magazines télé, eux ont tracé des lignes, avec de la cocaïne, sur le visage de l’icône, pour lui donner des allures de monstre de carnaval. Glaçant. Surtout quand on y ajoute la bande-sonore, des vocalises stridentes de chanteuse d’opéra.

Voilà voilà. En plus il faut se déchausser à l'entrée. (Photo MacBa)

Voilà voilà. En plus il faut se déchausser à l’entrée. (Photo MacBa)

On ressort du Macba avec l’impression d’un gâchis : un si beau lieu, si spacieux et lumineux, qui renferme des collections sombres, hermétiques, inaccessibles. D’ailleurs, ce samedi-là vers dix-sept heures, il ne traînait personne dans le musée. « De la merde dans un bas de soie« , avait dit Napoléon à Talleyrand.

One thought on “Barcelone : le Macba, si haut et pourtant si bas

  1. Je n’ai jamais visiter le Macba, mais je suis allé plusieurs fois au CCCB (Centre de Culture Contemporaine de Barcelone). C’est le musé juste derrière qui est souvent gratuit. J’y passe de bons moments et ai pu voir une expo sur Martin Parr, sur l’art en récupération, un marché de récup’, des courts métrages de SF et une expo sur une l’ancienne « foire » de Barcelone Je le conseille🙂

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