Parreno : le Palais de Tokyo ou la boîte à musique géante

Le Palais de Tokyo. Vingt-deux mille mètres carrés d’espaces d’exposition (au maximum), rien que ça. Et quatorze oeuvres. 14. Pas une de plus, pas une de moins. Pour la première fois, l’ensemble des espaces de ce gigantesque lieu d’exposition a été confié à Philippe Parreno, l’un des maîtres de l’art contemporain français. Qui a transformé le Palais en un gigantesque automate, entre magie et maison hantée.

C'est un poulpe, hein, à l'écran. Ou un calamar géant, un truc du genre.

C’est un poulpe, hein, à l’écran. Ou un calamar géant, un truc du genre.

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La tonalité est donnée dès l’entrée de l’exposition : on va en prendre plein les yeux. Derrière la banque d’accueil, un immense mur lumineux aveugle les spectateurs, et transforme les visiteurs en silhouettes, en ombres chinoises. A l’instar de cette première installation (deuxième, en fait, si l’on compte la marquise transparente installée à l’entrée), toute l’expo va jouer avec notre perception visuelle et auditive, avec la frontière entre réalité et fiction, avec notre place dans l’oeuvre.

Quand faut faire la queue, les yeux prennent cher.

Quand faut faire la queue, les yeux prennent cher.

Aventurons-nous un peu plus loin mais pas trop : dès l’entrée de l’expo, un immense écran géant nous projette des images de films tournés par Parreno dans ses jeunes années. A 30 mètres de l’écran, la qualité de l’image est irréprochable. La manifestation d’enfants qui clament « No more reality » résonne comme si les enfants étaient là, autour de nous. Et plus l’on s’approche de l’écran en question, moins on voit ce qui y figure. Moins on entend, aussi. L’illusioniste Parreno a encore frappé.

Quand cet écran géant cesse de faire du bruit, on entend au loin un piano. Oh, tiens. Les lumières qui clignotent dans le palais de Tokyo depuis l’entrée sont en rythme avec la pièce jouée, sans pianiste, par le piano en question. C’est Petrouchka, de Stravinsky. L’histoire d’un automate qui prend vie. Un peu comme cette exposition.

Bibliothèque dérobée et Marylin Fantôme

Cette mélodie au piano, en fait, accompagne toute l’expo. Au gré des mouvements de Petrouchka, reproduits par plusieurs pianos disposés dans les salles d’exposition, les oeuvres changent d’apparence. Un peu plus loin, des posters de couleurs vives sont accrochés au mur. Le temps de passer derrière une bibliothèque tournante (comme dans les films, si, si), pour admirer quelques dessins de John Cage et Merce Cunningham, et la salle se retrouve plongée dans l’obscurité. Sur les posters fluos, des images ont fait leur apparition. Des images de jeunesse de Parreno. Apparues là, comme par magie, alors que de l’autre côté de la pièce, une machine imite l’écriture humaine.

Madame Pervenche dans la bibliothèque, avec le chandelier.

Madame Pervenche dans la bibliothèque, avec le chandelier.

Cette machine écrit comme toi. Tout pareil.

Cette machine écrit comme toi. Tout pareil.

Plus bas, que voit-on ? Des marquises transparentes, plongées dans le noir total, qui s’allument, d’abord une par une, au rythme de Petrouchka, puis à plusieurs, créant un véritable concert de lumières et de sons électriques. Puis un film, d’une demi-heure, dans lequel Marylin Monroe nous parle, alors qu’on voit sa plume gratter du papier à lettres. Une demi-heure au terme de laquelle on réalise qu’il n’y a jamais eu de Marylin, que sa voix était de synthèse et que sa plume était dirigée par un automate – cette même machine à « écrire à la main » que l’on a vue à l’étage du dessus.

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Fantômes, coquilles

L’exposition de Philippe Parreno est vraiment hantée. Là, sur cette estrade de danse, on n’entend que les pas des danseurs que l’on ne voit pas. Autour, le mur circulaire avance lentement, tout seul. Un peu plus loin, des portes de supermarché nous donnent à entendre les sons de l’extérieur dès qu’elles s’ouvrent. Mais tous ces fantômes sont factices : juste à côté, repose le centre névralgique de l’expo, un immense serveur informatique. Et toujours ce piano, ce piano qui joue Stravinsky.

Une installation qui va vous mettre un vrai coup de boule.

Une installation qui va vous mettre un vrai coup de boule.

Point final – et point d’orgue – de l’expo, Ann Lee. Après un hommage à Zidane en 17 écrans, après une sombre vidéo dont les infrabasses sont plus impressionnantes que les images elles-mêmes, nous revoilà face à Ann Lee, déjà croisée à l’expo de Pierre Huyghe. La petite personnage de Manga, dont les droits avaient été rachetés par Huyghe et Parreno, il y a plus de dix ans. Voilà le personnage qui prend forme sur grand écran, qui raconte son histoire.

Ann Lee, avant/après

Ann Lee, avant/après

Et sitôt que les lumières reviennent, Ann Lee est là, devant nous, incarnée par une vraie petite fille. Cette gamine, qui parle (parfois en Anglais, parfois en Français) de son histoire, est l’une des réinterprétations du personnage, celle de Tino Seghal, en 2011.

Ann Lee, après-après

Ann Lee, après-après

Cette boîte à musique géante fascine, intrigue, inquiète, effraie. Mais ne laisse pas indifférent. En conclusion, et comme le dit la bande-annonce de l’expo : wow.

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